Séminaire de Iaido des 19 et 20 Février 2011

 

Samedi :
Comme chaque année, a eu lieu au CDFAS d’Eaubonne, le Séminaire organisé par l’Association Keshin (Détermination) dirigé par René van Amersfoort sensei 7ème Dan Renshi.
Le niveau des pratiquants était très hétérogène du 6ème Dan à Kyu, dont certains découvraient l’école.

René van Amersfoort sensei a débuté ce séminaire en rappelant la lignée des enseignants : il est l’élève de Louis Vitalis qui est lui-même un élève direct d’Ishido sensei. Et Philippe Merlier et Dominique Nevrouze sont ses élèves.
René sensei rappelle cela à chaque séminaire, afin que les personnes présentes sachent dans quel esprit elles vont pratiquer.

Ensuite, il a précisé des points très importants :

1er Point :
Il a insisté sur la nécessité de changer notre état d’esprit pour progresser dans la pratique du Iaido et en particulier d’Okuden.
Chaque kata doit être exécuté comme une nouvelle page blanche sur laquelle nous allons l’écrire.
Il ne s'agit pas d'essayer d'imiter le professeur surtout quand il est beaucoup plus avancé. En effet, l’écart est souvent trop grand.
De plus, il y a un risque de passer son temps à reproduire les mêmes erreurs, là où il faut les corriger pas à pas.

Donc ce qui importe c'est d'effacer la page ou même de nettoyer « to clean », d’apprendre à observer, (c’est 70 % de la compréhension) et non pas de regarder un spectacle, d’apprendre à écouter (c’est 30 % de la compréhension) : «Sinon ce qui rentre d'un côté sort de l'autre » (et la même expression existe en anglais).
Cette attitude permet d'accéder à la « connaissance du kata » et le travail peut alors commencer.
Il consiste à corriger tous les points qui rendent le kata inefficace ou sans signification.

2ème Point :
Il est important de ne pas inciter l’adversaire à nous attaquer, et surtout ne pas créer d’ouverture pendant l'exécution du kata.
Ce qui suppose :
          - Ne pas avancer les bras quand on coupe : l'axe doit toujours être celui des épaules, sinon on est coupé.
Si on veut se rapprocher de la cible il faut avancer en menaçant avec la Kashira.
          - Ne pas exécuter Uke Nagashi sans déplacer le corps pour avancer ; les deux sont indissociables sinon l'adversaire rentre dans notre aire.
Une protection efficace est un point très important dans Okuden.
          - D'exécuter O Chiburi sans avancer la main droite. Il faut garder à l’esprit l’idée de suivre la pointe.
Nous avons exécuté le mouvement en tenant le sabre entre le pouce et le petit doigt.
A partir de la tête, il fallait lancer le sabre en serrant le petit doigt et en poussant avec la fourche entre l’index et le pouce.
Après un léger arrêt en ligne avec le haut du corps, il tombait grâce à l’action de la gravité pour se retrouver dans le bon angle.

3ème Point :
Il est indispensable :
          - D’exécuter des coupes efficaces, ce qui a été l'occasion de démonstrations spectaculaires en particulier pour le partenaire de René sensei.
          - La distance entre une coupe efficace et celle qui est inutile est de 5 cm.
René sensei a démontré ce point en provoquant, ou pas, une réaction instinctive chez celui qui voit la lame arriver sur lui : le résultat est impressionnant.
          - La précision de la coupe verticale (Kiri Oroshi) est également très importante : il faut s'entraîner à couper jusqu’à l'horizontale avec netteté.
Par exemple, quand 2 personnes tiennent une ceinture à l’horizontale celui qui coupe doit s’arrêter au-dessus : cet exercice permet de vérifier l'exécution de la coupe et les points à corriger.
Il ne faut pas mettre de force dans la coupe car on perd toute précision.
Il est important de visualiser la vraie distance entre soi et l'attaquant
.

4ème Point :
          - Il faut apprendre à couper en ayant les épaules souples « relax/cut ». C’est un point essentiel pour l’exécution de chaque kata.
Quand on se déplace on remplace très vite le relâchement par la tension et tout devient faux.
          - Il faut apprendre à équilibrer le travail de la main droite et de la main gauche.
Parfois une petite expiration permet de relâcher la tension avant d'exécuter le geste suivant.

5ème Point :
          - René sensei a souligné l’importance du regard dans l’exécution d’un kata : il faut toujours regarder avant de se déplacer.
          - Il faut observer, puis focaliser le regard sur l’adversaire.

6ème Point :
          - René sensei a bien insisté sur le fait qu’il y a beaucoup d’erreurs au niveau des angles d’attaques, dans l'exercice ci-dessous, et en général.

 

Nous avons ensuite fait un exercice en partant orienté  à 45° à droite, la lame à l’horizontale. Puis il fallait regarder, faire Uke Nagashi en ayant la lame près du corps, pivoter à 45° à gauche en redressant les hanches et les pieds, armer au centre, avancer sur cible en menaçant et couper.
La lame fait un mouvement continu, « soft ».

 

Puis nous avons abordé à la pratique en faisant 6 kata d’Okuden de la série Tachi Waza, ce qui, pour certains, était une découverte.

L'étude de chaque kata a ensuite été l'occasion de travailler les mêmes points fondamentaux aux yeux de René sensei.

 

1er kata : Yukitsure
Couper l'adversaire de droite dans le dos jusqu’au niveau du plexus.
S’arrêter et laisser descendre la lame jusqu’à l’horizontal puis relâcher le poignet avant de ré-attaquer.
Les hanches ne sont pas tournées complètement vers l'adversaire dans la 1ère coupe.
Ne pas se précipiter dans les deux coupes.
Attention à monter la lame près du corps en Uke Nagashi.
Armer au centre du corps
.
Couper le 2ème adversaire à 45° à gauche
.
Yoko Chiburi et Noto d’Okuden

2ème kata : Rentatsu : Tsuki à droite et coupe gauche
Sur le 2èmepas, partir en arrière-droit à 45° en dégainant avec la lame à plat, le sabre contre soi. Avoir un fort Saya Biki, équilibrer le corps et les mains.
Travailler lentement, pivoter les épaules, les hanches et les pieds autour de l'axe de la tête, c'est important (ne pas avancer l’épaule droite).
Faire un Tsuki sans avancer.

Regarder
, ramener la Saya, faire Uke Nagashi, pivoter sur le pied gauche et couper sans perdre de temps en avançant le pied droit.
Le rythme est très harmonieux, on peut travailler lentement, sans à coups, en expirant avant le Tsuki pour se relâcher.
Notion importante de "focus" ou de se focaliser sur la cible, il s'agit de pouvoir être disponible pour suivre la cible au besoin et de ne pas être coupé dans l'élan. (Exercice en attachant une ceinture à la taille d'un pratiquant pour lui donner le signal de l'attaque).
Yoko Chiburi et Noto d’Okuden.

 3ème kata : Soma Guri
Après trois pas, reculer le pied droit et faire une parade en Uke Nagashi.
Il faut avoir les poignets très relaxés car on ne coupe pas en armant au-dessus de la tête.
Attention au rythme pour les 3 premières coupes que l’on fait en croisant les pieds, de la tête au menton, de l’épaule au plexus et au côté (Do).
Armer sur le côté gauche avant Yoko Guruma en se protégeant avec son sabre.
Couper horizontalement en avançant le pied gauche.
Coupe verticale sur le pied droit.
Yoko Chiburi et Noto d’Okuden.
Dans ce kata, on peut envisager que l’on poursuit un adversaire qui recule en se protégeant avec son sabre pendant les premières coupes.

 4ème kata : Sodome
Ce kata se déroule sur une ligne, par exemple sur le petit talus séparant deux rizières.
Très important : avancer en ligne droite pour dégainer et couper des adversaires situés en bas ou en haut. Beaucoup font l'erreur de laisser aller le sabre à gauche et à droite de la ligne.
Il faut avancer avec la Tsuka Gashira qui reste sur la ligne et avec laquelle on fait un Seme.
Descendre progressivement. La dernière coupe que l'on évite est Yoko Men, il faut donc se baisser davantage (à partir de l'abdomen) et regarder en haut et à droite en coupant.
Yoko Chiburi et Noto d’Okuden.

Exercices couper/dégainer en ligne sur une grande longueur.
Il y a une variante en dégainant immédiatement et en rengainant à chaque pas.

5ème kata : Shinobu :
Il se déroule la nuit, on sent une présence et on s’écarte du chemin pour faire une feinte avec le sabre. Ce kata a 2 versions, ou Kae Waza. 

1er Kae Waza :
Avancer le pied droit, saisir le sabre en décalant le pied gauche en diagonale avant-gauche, et croiser le pied droit devant le pied gauche.
En même temps dégainer sans faire de bruit et reculer la jambe gauche.
Fixer le regard en haut, relax.
Tapoter une fois avec la pointe (paume vers le ciel).
Armer en se relevant (attention à la déchirure musculaire).
Couper l'adversaire qui se trouve sur le chemin en arrêtant la coupe à l'horizontale.
Yoko Chiburi et Noto d’Okuden.

2ème Kae Waza :
Pied droit, gauche (décaler à gauche) on saisit la Tsuka, le pied droit passe devant gauche.
Dégainer et décrire un cercle avec la lame (balayage lame horizontale pour couper les buissons qui sont devant), la jambe droite suit et se retrouver en position Kobayashi (hanches ouvertes et accroupi).
Frapper le sol avec la Kashira, « tic tic ».
Reculer la jambe gauche pour se mettre en garde (premier tiers de la lame près de la joue, mais ce n'est pas Hasso), la main gauche reste sur la Saya.
Armer le sabre au-dessus de la tête, avancer et couper.
Yoko Chiburi et Noto d’Okuden.

6ème kata : Yuki Chigai :
Il y a 2 adversaires, l’un qui se trouve devant et l’autre derrière.
Avancer pied droit, gauche, droit, et faire un Atemi au visage du 1er adversaire.
Tirer la Saya jusqu’au Obi tout en pivotant dans le même temps.
Regarder, pivoter sur place (talon/orteils, orteils/talons).Le sabre est sorti quand on se trouve de profil.
Faire Uke Nagashi lorsque l’on est de face: l'attaque glisse.
Armer et couper en s’arrêtant au plexus, la jambe gauche est devant.
Pivoter à nouveau on se retourne (relax) en utilisant les hanches.
Armer et couper.
NB : la pointe reste le plus longtemps en face pour la menace, pendant que les hanches commencent à pivoter.

Pour ce kata, il existe de nombreux Kae Waza.

 

Dimanche :
René sensei a rappelé que l’entraînement n’est pas que physique, il y a une partie mentale. Il faut apprendre sur soi-même pour savoir jusqu’où on peut aller pour s’obliger à pratiquer encore plus.
C’est important car à travers cette pratique on va vers un développement intérieur de plus en plus important. Il faut faire rentrer le kata dans le corps.
Et on va aussi vers la relaxation.

Il nous a rappelé qu’il faut être prêts immédiatement, dès que débute le séminaire et pas un ¼ d’heure après.

René sensei nous a fait réaliser 2 exercices de relaxation avant de continuer les Kihons. 

Puis nous avons débuté par Koranto exécuté dans différentes version au niveau des pas :
     -  4 pas en partant du pied gauche
     - 4 pas en partant du pied droit
     - 3 pas en partant du pied gauche
     - 3 pas en partant du pied droit
     - 2 pas en partant du pied gauche
     - 2 pas en partant du pied droit
     - 1 pas du pied gauche
     - 1 pas du pied droit.

Ensuite, nous avons abordé la manière de réaliser un Noto : il faut recouvrir 1/3 de la lame de la main gauche, et ensuite tourner progressivement la Saya de la main gauche pour que la lame soit dirigée vers le haut, tandis que la main droite rengaine. Il faut baisser le coude droit.
Ceci peut être considéré comme un Kihon.
René sensei a aussi rappelé que le sabre se divise en 3 parties : l’une pour couper, l’autre pour la déflexion (parade) ou Uke Nagashi, et la 3ème pour bloquer une attaque comme dans le kata Ryuto.
L’un des participants rentrait le ventre en rengainant et se penchait en avançant l’épaule droite. René sensei a donc demandé à plusieurs personnes de pointer leur lame sur sa poitrine et en étant très proche.
Il a été obligé de rengainer en gardant l’angle de 45° et en restant droit et en utilisant sa main gauche. Il faut savoir garder la force et la fermeté dans le ventre pendant le Noto et travailler avec le bas du corps.
René sensei a expliqué que les bras et les coudes doivent se diriger vers le corps. Si les coudes sont près du corps, on a plus de force pour dégainer à nouveau. De plus ainsi nous assurons une protection maximale du corps.
Le Noto se réalise à 45°, mais bien sûr, l’angle peut un peu varier selon le pied qui se trouve devant.

L’enseignant, en se plaçant sous dans différentes angles peut « zoomer » sur un élève et voir ce qui n’est pas bon.

Puis nous avons pratiqué Shoden  en commençant par Shoatto : dans ce cas le Seme n’est pas un mouvement, il est naturel, et il n’est pas possible pour l’adversaire de rentrer dans cette garde, surtout si cela est fait correctement avec le Hara : « On compresse l’air ».
Dans Mae, par contre, le Seme est là pour être enchaîné avec le Furi Kaburi.

Puis nous avons abordé Ryuto, en commençant par l’une des formes d’Okuden Tachi Waza qui ressemble le plus à Ryuto, Uke Nagashi.
Après quelques exécutions de ce kata, nous avons étudié la coupe, afin de réussir à lui donner l’angle correct, en suivant une ligne le long du mur, et cela à plusieurs reprises.
René sensei a rappelé l’importance de la posture, d’avoir la tête droite, le corps droit et cela à tous les moments du kata et en particulier au moment de la coupe.

Nous avons terminé le séminaire après avoir exécuté 5 fois chaque kata de la série Shoden, tous ensemble.

Avec comme avertissement final : « Don’t look at the ground -  Ne regarder pas le sol. » à la fin, pour le salut final de l’école. 

 

Ce texte a pu être écrit, grâce au notes prises le samedi par Gille Boutefeu et Gilles Dudal, et celles prises par Dominique Nevrouze le dimanche

 

Dominique Nevrouze

Philippe Merlier